Les dispositifs d’accompagnement groupaux destinés aux enfants endeuillés, tels que les groupes de soutien ou les ateliers, sont apparus en France à la fin des années 90 au sein de l’association Vivre son Deuil, en s’inspirant de pratiques déjà existantes dans les pays anglo-saxons. Depuis, ces groupes se sont développés et d’autres associations ont proposé ce type d’accompagnement.

 

L’éclairage de Laure Sizam-Guillemin, psychologue clinicienne, formatrice et animatrice de groupes pour enfants endeuillés.

 

 

Aider les jeunes à prendre conscience qu’ils ne sont pas seuls à vivre un deuil

Les groupes pour enfants endeuillés ont pour objectifs de permettre aux enfants de rencontrer d’autres jeunes endeuillés vivant une situation différente mais semblable. Cela leur permet de prendre conscience qu’ils ne sont pas seuls à vivre un deuil alors que bien souvent ils se sentent différents de leur pairs. Ces groupes favorisent également l’expression des émotions dans un cadre extérieur à la famille. Voulant protéger leur(s) parent(s) et ne souhaitant pas « en rajouter », les enfants ont souvent des difficultés à parler devant leurs proches du défunt ou à exprimer ce qu’ils ressentent. Pouvoir en parler dans un cadre contenant, extérieur à la famille, entendre d’autres enfants s’exprimer, leur permet par la suite de s’autoriser à poser des questions et à parler à leurs proches. Enfin, il s’agit aussi de soutenir les parents dans leurs capacités à accompagner leurs enfants en les écoutant et en leur apportant des informations sur le deuil de l’enfant.

 

Des entretiens préalables avec l’enfant et la famille

La participation aux groupes est toujours précédée d’entretiens avec l’enfant et sa famille : cela permet de mieux appréhender comment le deuil est vécu dans la famille, de définir si le dispositif groupal est bien adapté à l’enfant, et de recueillir son accord. Il est alors demandé à l’enfant et à son/ses parent(s) de s’engager à assister à toutes les rencontres. Il nous semble nécessaire que l’enfant ait été informé des circonstances du décès et de laisser un délai d’au moins 6 mois après le décès pour envisager la participation aux groupes.

 

Des groupes en petit format, avec des enfants de la même tranche d’âge

Les groupes pour enfants endeuillés sont en général des groupes fermés, c’est-à-dire qu’ils accueillent les mêmes enfants du début à la fin du cycle d’ateliers. Ils sont composés de 4 à 8 enfants d’une même tranche d’âge afin qu’ils aient un niveau de développement et de compréhension de la mort à peu près équivalent. (Il est à noter que certaines associations ont pu proposer des groupes ouverts accueillant des enfants de tout âge. N’ayant pas expérimenté ce cadre-là, nous n’en parlerons pas ici). Ils sont destinés à des enfants entre 4 et 12 ans (au-delà, des groupes pour adolescents existent).

 

Un cheminement progressif à l’aide d’outils de médiation

Un cycle d’ateliers est composé d’un nombre définis de séances (6 ou plus) au cours desquelles sont abordés différents thèmes en lien avec le deuil : les émotions du deuil, les circonstances du décès, les funérailles, la famille, les changements survenus depuis le décès, les ressources, l’héritage ou encore l’avenir. C’est un cheminement progressif qui est proposé aux enfants. Afin de favoriser l’expression, des outils de médiation sont proposés aux enfants : dessin, masques, pâte à modeler, boite à souvenir, mandala, histoires, musique, etc.

 

Un espace de parole libre, respectueux et tolérant

En plus de l’assiduité demandée, des règles de confidentialité et de non-jugement concernant les paroles échangées sont posées afin de garantir aux enfants un espace de parole libre, respectueux et tolérant. Les enfants vont également être invités dès le premier groupe à définir ensemble des « règles de vie ». Les groupes ont lieu toutes les 3-4 semaines. Mais en fonction des structures et de l’âge des enfants, la fréquence peut être plus importante.

 

Une présence ponctuelle des parents

La présence du/des parent(s) au début du premier atelier permet aux enfants d’être rassurés alors qu’ils découvrent un groupe qu’ils ne connaissent pas. Il est également demandé aux parents de venir au dernier atelier afin de faire une activité commune avec leur enfant.

 

Une co-animation par des professionnels et/ou bénévoles formés

Les groupes pour enfants endeuillés sont co-animés par deux personnes formées, professionnels et/ou bénévoles. Ils peuvent accueillir également une personne observatrice en cours de formation. La co-animation est indispensable pour garantir notamment le maintien du cadre. Par ailleurs, il est important que les animateurs bénéficient d’un espace de réflexion, à l’instar d’une analyse de pratique, pour pouvoir penser ce qui se vit dans le groupe mais aussi ajuster leur co-animation.

 

Un bilan à posteriori avec l’enfant et son/ses parent(s)

Après la participation de l’enfant aux ateliers, un entretien avec l’enfant et son/ses parent(s) est proposé afin de faire un bilan et de proposer une éventuelle orientation.

 

Un soutien en parallèle apporté aux parents

Aider et accompagner les enfants en deuil, c’est aussi soutenir leur(s)parent(s). C’est pourquoi la proposition de groupes de parole pour les parents en parallèle des ateliers pour les enfants nous semble être intéressante afin de leur permettre de s’exprimer sur ce qu’ils vivent mais aussi de mieux comprendre ce que ressentent leur(s) enfant(s) et les aider ainsi à accompagner leur(s) enfant(s).

 

> Vous pouvez retrouver l’ensemble des associations et structures médicales (centres hospitaliers, etc.) proposant des groupes de parole et d’entraide pour enfants et adolescents endeuillés, ainsi que leurs modalités spécifiques d’accompagnement, dans la rubrique « Acteurs ».

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