Même si le bébé n’a pas encore les moyens cognitifs de comprendre le concept de la mort, il n’en ressent pas moins les impacts émotionnels, sur lui-même et sur ses proches. Il perçoit l’ambiance émotionnelle, il perçoit le désordre, la désorganisation, il perçoit des sensations corporelles dans son propre corps, sans toutefois pouvoir les nommer et y mettre un sens. Cette tâche va donc revenir à son entourage.

L’éclairage de Florence Etourneau, psychologue clinicienne de l’Équipe Régionale Ressource de Soins Palliatifs Pédiatriques du Centre Val de Loire (Pallience, Tours), et de Célia Cristia, psychologue clinicienne, docteure en psychopathologie et en psychologie clinique.

 

Que dire, que faire face à un bébé qui a perdu un parent ou un proche ?

Que ce bébé soit à naître, vienne de naître ou ait déjà vécu quelques semaines, quelques mois, il est essentiel que des mots soient mis non seulement sur ce qui se passe (quelqu’un est mort) mais aussi sur les retentissements de cet évènement : les émotions de son entourage, les siennes, la réorganisation de la vie quotidienne.., etc. Il est tout aussi essentiel de le rassurer sur le fait que tout n’est pas détruit, tout n’a pas disparu, que lui-même n’est pas abandonné ou livré au chaos, mais que l’on va continuer à s’occuper de lui, que des choses restent stables. Aussi est-il nécessaire de maintenir ou de construire (si le bébé vient de naître), dans la mesure du possible, les routines, les rythmes de vie et les repères habituels qui lui confirment une certaine stabilité et fiabilité de son monde.

Il n’y a pas de mots ou phrases-types : chaque situation est singulière et la façon dont on va expliquer les choses dépend de chacun.e. Il ne s’agit pas d’asséner une sorte de « vérité » qui n’aurait pas de sens pour le bébé, mais de s’adapter à ses besoins, actuels et futurs. L’enfant a besoin de savoir ce qui lui arrive pour faire sienne l’histoire qu’on lui raconte, de créer ou maintenir des liens avec la personne défunte et de trouver sa place dans le récit familial. Il est essentiel de s’adresser à lui pour qu’il construise son sentiment d’être lui-même, essentiel de lui parler de ce qui le concerne. Mettre des mots sur ce que l’on perçoit de ses émotions, faire circuler la parole à propos de la personne absente quand cela s’y prête et a du sens (pour le bébé, mais aussi pour la personne qui raconte), prendre en compte le bébé dans la mise en place et le déroulement des rites du deuil sont autant de façons de le reconnaître comme sujet, faisant partie intégrante de la communauté touchée par le deuil.

Il n’y a pas non plus de moment-type : l’évocation de l’évènement, de la personne décédée, des impacts du décès sur le bébé et son entourage s’inscrit dans une dynamique vivante, spontanée, en correspondance avec ce qui se passe dans le moment présent.

Dans la traversée du deuil, la mise en place de rituels permet mettre de l’ordre dans le désordre, de donner du sens au chaos. Ces rituels peuvent être collectifs (religieux ou non, familiaux, sociaux), mais aussi tout à fait personnels. Alors, rien n’empêche la ou les personnes qui s’occupent du bébé en deuil de mettre en place un petit rituel qui pourra prendre sens pour lui, en maintenant vivant le lien avec la personne décédée.

Comment faire lorsque l’on est soi-même touché par le deuil et la tristesse pour trouver les bons mots, la bonne attitude ?

Le plus « simple » et le plus honnête à l’égard du bébé et de soi-même, est de parler vrai, avec ses mots, avec ses émotions, sans jamais perdre de vue qu’il ne s’agit pas d’embarquer le bébé dans sa tourmente. Il est plutôt question de l’associer, de lui donner sa place, de lui montrer que les émotions ne sont pas dangereuses, qu’on peut les nommer, les vivre et les partager sans les laisser nous détruire ou détruire la relation d’amour. « Parler vrai » (selon les termes de F. Dolto), peut se faire au moment où l’on est pas envahi par la colère, le chagrin ou toute autre émotion violente.

L’annonce du décès d’un proche et de ce que cela implique dans le quotidien et la vie du bébé doit se faire préférentiellement par les parents (ou le parent survivant). Certes, ceux-ci peuvent faire appel à des professionnels (psychologues, par exemple), toutefois le rôle de ceux-ci n’est pas d’annoncer eux-mêmes les choses mais plutôt de soutenir les parents dans leurs capacités à trouver l’énergie et les mots pour le faire eux-mêmes. Cela les conforte dans leurs compétences parentales qui peuvent être mises à mal par le décès du conjoint ou d’un autre enfant de la fratrie. Il est essentiel de redonner confiance aux parents du bébé dans ces moments : de leur signifier que, malgré la perte, ce sont toujours bien eux les parents.

Que peuvent faire les professionnel.les de la petite enfance qui accueillent un bébé endeuillé ?

Du fait de leur place plus distanciée par rapport à la perte qui touche le bébé, les professionnel.les de la petite enfance vont participer au maintien du cadre de vie de l’enfant, de sa stabilité affective et relationnelle. On peut veiller à respecter les rythmes de vie, les règles et les repères habituels pour permettre au bébé de vérifier que le reste de son environnement reste stable. Par ailleurs, les moments de transition, de passage et de séparations (la mise à la sieste, la séparation du matin ou du soir, etc.), peuvent être déstabilisants et délicats pour un bébé fragilisé par les bouleversements environnants. On peut alors proposer aux parents (s’ils n’y ont pas pensé), d’apporter un ou deux objets, supports affectifs (un linge ayant appartenu au proche, un jouet, etc.) qui pourront l’aider à traverser ces moments. Enfin, sans se focaliser sur le bébé au risque de le stigmatiser, il s’agit d’être vigilant aux éventuelles modifications de comportement ou à l’apparition de conduites préoccupantes (repli sur soi, agressivité, pleurs envahissants, manque d’appétit, difficultés d’endormissement, etc.).

Par ailleurs, les professionnel.les vont continuer à accompagner l’enfant dans sa découverte du monde. Stimuler sa curiosité, favoriser son ouverture sur les autres et sur le monde est essentiel pour qu’il continue son chemin en confiance et avance avec plaisir dans la vie !

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