L’ECLAIRAGE DE Laurence Rameau, puéricultrice, formatrice de professionnels de la petite enfance, directrice petite enfance et rédactrice en chef de la revue Les métiers de la petite enfance, auteure d’ouvrages sur la petite enfance, dont Comprendre son bébé (First, 2020). 

La perte d’un animal de compagnie, occasion d’aborder avec l’enfant la finitude de la vie

Les enfants s’interrogent souvent sur la mort, et y sont parfois confrontés lorsque le chat, le chien, le hamster ou le lapin de la famille viennent à mourir. L’enfant pose alors des questions : « c’est quoi être mort ? », « c’est quand que tu vas mourir aussi ? », « où il est maintenant qu’il est mort ? ». Il est toujours très difficile de répondre à ces questions d’enfants, pourtant si fondamentales. Mais face à la mort de l’animal, il importe de ne pas reculer. C’est une occasion pour en parler et ainsi préparer l’enfant à vivre d’autres évènements douloureux du même type qui pourraient survenir. En effet, il est nécessaire de transmettre à l’enfant d’une part que la mort fait partie de la vie, et qu’il n’y a donc pas de vie sans mort, et d’autre part que la mort vient marquer la fin de la vie, la fin du parcours de l’être, et qu’il n’y a pas de retour en arrière.

Se saisir des petites occasions de la vie pour familiariser l’enfant à la mort

Mais avant l’animal de compagnie, il y a la mouche qui est venue s’écraser sur la fenêtre et a terminé sa vie ainsi, il y a le pigeon sans vie trouver sur le trottoir en allant à la crèche, ou encore cette plante qui n’a pas survécu faute d’arrosage suffisant. Les petits ne sont jamais trop petits pour regarder autour d’eux comment est la vie, et donc la mort aussi. Plutôt que détourner le regard et passer sous silence ces rencontres avec la mort, il est préférable de s’arrêter ensemble et de discuter sur cette mouche ou sur ce pigeon qui ne bouge plus. L’enfant comprend-il d’où vient cette immobilité ? Non cet animal ne dort pas, car en dormant on bouge encore et on peut se réveiller. Là il ne bouge plus, il ne respire plus, il ne peut plus se réveiller, car il est mort. Lorsqu’on saisit ces petites occasions de la vie de tous les jours pour aborder avec l’enfant ce que représente la mort, alors on lui donne des éléments pour comprendre celle de son animal de compagnie, plus proche de lui et investit d’affection, on le prépare ainsi à mieux affronter cet évènement qui le concerne de plus près et lui fait de la peine. Cette sorte de familiarisation avec la mort permet de ne pas être démuni devant elle.

Protéger un enfant de l’évènement ne lui rend aucun service

Vouloir trop protéger un enfant des évènements de la vie et donc de la mort ne lui rend aucun service. Dire par exemple que l’animal en question s’est enfui de la maison, est parti ailleurs continuer sa vie, conduit l’enfant à se demander qu’elle en est la raison. S’est-il mal comporté avec lui, ne l’a-t-il pas suffisamment choyé, ne l’aimait-il donc pas assez ? Non seulement cela n’apaise pas sa douleur réelle liée à cette séparation, mais en plus cela lui ôte toute possibilité de surmonter cette épreuve et le fait douter de sa propre responsabilité dans la situation, ou de celle de l’animal lui-même : « il est méchant d’être parti, de m’avoir abandonné ! »

La mort de l’animal aimé n’est pas plus facile à comprendre ou plus douce si elle est accompagnée d’une fable présentant le pays des chats, des chiens ou des poissons rouges, comme des lieux de refuges idéaux pour eux. Le petit aura tendance à vouloir aller dans le pays en question pour rejoindre son animal et cherchera comment s’y rendre, attendant que son « ami » lui fasse un signe et désespérant de ne jamais le recevoir…

Laurence rameau, pUERICULTRICE

Dire la vérité et donner des explications simples sur les raisons de la mort de l’animal sécurise l’enfant

Quel que soit l’âge de l’enfant, la vérité est toujours préférable et l’expérience s’acquiert par le vécu. Raconter des histoires, même fantastiques, belles, ou poétiques, dans le but de masquer la mort, et donc la cruauté de la vie, représente toujours un risque d’embarquer l’enfant dans un imaginaire qui, pour lui, devient réalité et qu’il prend pour argent comptant. La mort de l’animal aimé n’est pas plus facile à comprendre ou plus douce si elle est accompagnée d’une fable présentant le pays des chats, des chiens ou des poissons rouges, comme des lieux de refuges idéaux pour eux. Le petit aura tendance à vouloir aller dans le pays en question pour rejoindre son animal et cherchera comment s’y rendre, attendant que son « ami » lui fasse un signe et désespérant de ne jamais le recevoir… Dire la vérité et donner des explications simples sur les raisons de la mort de son animal est bien plus sécurisant pour l’enfant : « ce matin j’ai retrouvé ton petit chat qui ne bougeait pas sur la route. Il ne respirait plus, il est mort. Je pense qu’il a été percuté par une voiture. » Et si l’enfant a déjà été en contact avec des mouches ou des pigeons morts, alors il est facile de rapprocher cet évènement de ce qu’il connait déjà : « Tu te rappelles du pigeon que nous avions trouvé mort sur le trottoir, et bien c’est pareil pour ton petit chat, il ne dormait pas, il ne respirait plus, il était mort. » C’est ainsi que l’enfant peut se faire une représentation de la mort de son animal, en la rapprochant de ce qu’il connait déjà, de ce qu’il a déjà vu, et peut comprendre, sans avoir à fantasmer sur des histoires compliquées qui risquent de s’éterniser et de créer des angoisses supplémentaires.

Accueillir les émotions de l’enfant

Évidemment, il importe de permettre à l’enfant d’exprimer ses émotions. La tristesse peut être partagée entre l’enfant et ses parents, sans oublier que ces derniers sont aussi là pour le consoler et l’aider à dépasser ce moment malheureux. Il faudra attendre que son chagrin ait disparu pour envisager avec lui d’adopter un nouveau compagnon de jeux.

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