LE REGARD DE Anna Cognet, psychologue clinicienne, enseignante à l’École de psychologues praticiens de Paris et chargée d’enseignement à l’université Paris-Descartes. Anna Cognet est co-autrice de Comprendre et interpréter les dessins d’enfants (Dunod, 2018).

Le dessin, un moyen de ne pas être lié par la parole

« Le dessin est un moyen pour l’enfant endeuillé d’exprimer tout un fatras d’émotions et de ne pas être lié par la parole. Or les enfants sont très empêchés par la parole. Les enfants ont souvent l’impression que les émotions négatives sont interdites, qu’il est interdit d’être en colère, d’être fâché, d’être dans la rancune. Si on ne passe que par la dialogue, ils vont ainsi avoir tendance à dire que tout va bien, parce qu’ils pensent que c’est ce que l’on attend d’eux. Or ce n’est pas cela qu’on attend d’eux dans le deuil !

Qu’il y ait quelqu’un ou non, l’enfant est tout le temps en train de jouer et dessiner. Cela signifie que spontanément, l’enfant a besoin de cela, et en un sens, que cela est thérapeutique pour lui.

Anna Cognet, psychologue

Le dessin, un outil thérapeutique propice à la détente

Qu’il y ait quelqu’un ou non, l’enfant est tout le temps en train de jouer et dessiner. Cela signifie que spontanément, l’enfant a besoin de cela, et en un sens, que cela est thérapeutique pour lui. En les incitant à dessiner, dans un moment de fragilité comme le deuil, on leur rend service. On évite aussi, par la même occasion, d’essayer de les occuper de manière maniaque, de trop occuper le temps et l’esprit.

Le dessin, un espace transitionnel

On parle souvent du dessin comme d’un « espace transitionnel », à la conjoncture du réel, de l’intimité de l’enfant, de ses émotions, et de ce qu’il y a pour les exprimer. Les enfants vont utiliser toutes leurs ressources, connaissances, couleurs dans ce travail. Le mandala des émotions peut notamment être un outil précieux dans le processus de deuil, cela permet aux enfants de mettre des couleurs pour représenter la joie, la honte, la colère, de conscientiser quelque chose qui pourra être potentiellement plus tard le support d’un dialogue. L’adulte doit avoir face au dessin une « attitude favorable » : il n’est pas tout le temps utile de demander à l’enfant de parler, d’expliquer son dessin, ou de l’interpréter, au risque de bloquer un espace de liberté psychique. Dès lors que l’enfant dessine, il n’a pas toujours besoin que ces expressions soient davantage comprises.

Les dessins, un possible indicateur de la souffrance psychique de l’enfant

Il y a souvent deux types de dessin de l’enfant en deuil : des dessins comme tentative d’expression de la difficulté, comme une mise en mots, par la représentation d’une scène ou d’un chagrin. Et puis des dessins sombres, dénotant l’impact du décès, le traumatisme, l’angoisse, voire la dépression. Les psychothérapeutes peuvent parfois les voir comme un indicateur de la souffrance psychique de l’enfant, ils peuvent être très remplis, illustrant les mécanismes de défense ou de compensation de l’enfant, ou au contraire très pauvres. »

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