Annoncer la mort d’un proche à un enfant est une épreuve qui conduit bien des adultes à préférer ne rien dire. Comme l’enfant finit toujours par le découvrir et se sent alors trahi dans sa confiance en l’autre, il est préférable de lui dire la vérité, ce qui ne signifie pas tout lui dire dans les moindres détails, mais au moins, lui annoncer que son proche est mort.

Les conseils de Hélène Romano, psychologue et psychothérapeute, spécialiste de la prise en charge des blessés psychiques.

Auteure d’une trentaine d’ouvrages, dont Dis c’est comment quand on est mort ? Accompagner l’enfant sur le chemin du chagrin (La pensée sauvage, 2013).

 

Dire la vérité

Selon l’âge de l’enfant, le vocabulaire est à adapter, mais il est important de le dire même à un tout petit, même un bébé. Celui-ci ne comprendra pas comme un plus grand ce qui lui est dit, mais le fait que l’adulte ne cache pas la réalité rendra celui-ci disponible psychiquement sans qu’un secret ne se crée dans la relation et ne vienne durablement l’hypothéquer.

Tenir compte du contexte du décès

Le contexte du décès change souvent les modalités d’annonce : une personne très malade dont l’état se dégrade ou une personne très âgée ont un pronostic vital très différent d’une personne en bonne santé subitement foudroyée par un accident, un crime ou une catastrophe naturelle. Un suicide est aussi une situation bien particulière qui peut arriver après d’innombrables tentatives, après une période de dépression sévère ou subitement. L’enfant peut être présent au moment du décès, découvrir le corps ou être tout à fait ailleurs ce qui change aussi les modalités d’annonce. La personne décédée peut être une figure d’attachement fondamentale pour l’enfant ou un adulte qu’il n’aime pas pour des raisons variables. Enfin le décès peut être médiatisé avec tous les risques d’exposition de l’enfant aux médias. Avant d’annoncer le décès, il est donc important d’avoir un minimum d’éléments sur la situation : enfant présent ou non, type de décès, âge de l’enfant, lien avec la personne décédée, etc.

Contextualiser l’annonce, temporaliser et faire référence au médecin

Les témoignages d’enfants endeuillés nous amènent à conseiller d’annoncer dans un lieu qui n’est pas la chambre à coucher de l’enfant (espace qui deviendrait alors insécurisant, car source de rappels constants de cette annonce alors que c’est un lieu où l’enfant doit pouvoir se ressourcer). Il est conseillé à celui qui annonce de contextualiser, de temporaliser et de toujours faire référence au médecin puisque c’est lui qui fait le constat du décès. Cela permet de créer un tiers et d’éviter que l’enfant ne pense que celui qui annonce est responsable du décès. Par exemple « tout à l’heure tu jouais avec papa dans le jardin quand il est brutalement tombé. On a appelé les secours. Le médecin nous a dit que c’était très grave. Il nous a dit que le cœur de papa s’était arrêté et qu’il était mort ».

Partir de ce que l’enfant a compris de la situation

Les expressions « il est parti au ciel », « il s’est endormi », « il est décédé », laissent un doute et bien d’autres questionnements qui peuvent compliquer le processus de deuil. L’adulte peut aussi partir de ce que l’enfant a compris de la situation s’il était présent, par exemple « tout à l’heure on a trouvé papi allongé par terre et on a appelé les docteurs. Est-ce que tu pourrais me dire ce que tu as compris ? Ce qui s’est passé ? » L’enfant donne à l’adulte ses éléments de compréhension de la situation (et bien souvent cela permet de confirmer qu’il a bien compris que le proche était mort). Quand l’enfant donne une réponse très éloignée de la réalité par exemple « papa a été emmené à l’hôpital pour être soigné », l’adulte doit parvenir à ne pas renforcer cette théorie en expliquant à l’enfant que c’est « bien plus grave. Que le docteur nous a dit que c’était très, très grave et qu’il ne pouvait pas soigner papi. Que son cœur s’est arrêté et qu’il est mort ».

Insister sur le fait que l’enfant n’est pas responsable du décès

Si l’enfant était présent, il est fondamental de lui permettre de comprendre qu’il n’est pas responsable du décès (ce que beaucoup vont avoir tendance à penser surtout dans le cas où le parent se suicide après avoir dit à son enfant qu’il se donnait la mort à cause de lui ou que le parent meure en ayant protégé son enfant dans un attentat, un accident ou un crime). Certains enfants (comme des adultes) ont des réactions de stress dépassé avec des attitudes inadaptées : par exemple ils retournent se coucher ou vont jouer après avoir découvert le corps ou reste prostré devant pendant des heures sans appeler personne. Ces attitudes sont les traces de l’impact traumatique de cette confrontation à la mort et peuvent entraîner des troubles post-traumatiques majeurs, bien souvent majorés par le sentiment de culpabilité de ne pas avoir agi comme il fallait. L’entourage de l’enfant a ici un rôle essentiel pour, encore une fois, expliquer à l’enfant que lorsque l’on découvre quelqu’un qui est mort, on ne fait pas toujours ce que l’on voudrait et des fois on reste là sans rien dire ou on repart comme s’il ne s’était rien passé. Autrement dit, l’enfant n’est pas le seul à avoir réagi de façon inadaptée et personne ne peut l’accuser d’être responsable. Il s’agit donc d’éviter les questions avec « pourquoi » qui sont très culpabilisantes, les reproches et autres remarques qui conduisent l’enfant à se croire responsable de la mort de son proche.

Oser mettre les bons mots

Compte tenu de l’évolution actuelle des médias, les enfants ont très tôt des informations sur le décès de leur proche. Il est donc important de ne pas leur mentir et d’oser mettre les bons mots. Par exemple, si un parent s’est suicidé, expliquer à l’enfant que son parent s’est donné la mort et que cela s’appelle un suicide évite qu’il ne l’apprenne par les camarades qui auront eu l’information par l’enquête de voisinage où les journaux. Si le décès est très médiatisé, les adultes peuvent prévenir l’enfant qu’il y a beaucoup de journalistes et que des fois plein de choses peuvent être dites, certaines sont justes, d’autres non.

Expliquer à l’enfant la suite des évènements

Il est ensuite précieux d’expliquer à l’enfant la suite (peut-il voir le corps, comment peut-il participer aux funérailles, comment va s’organiser sa vie dans les prochains jours). L’annonce de la mort d’un proche est un temps suspendu. Être dans un environnement rassurant qui met en place une continuité dans le quotidien et qui donne rapidement des repères permet de raccrocher l’enfant à la vie.

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