La pratique de l’art peut favoriser le développement des facteurs de résilience dans l’accompagnement des enfants et des adolescents en situation de deuil. C’est le leitmotiv de la pratique de l’art-thérapie, qui, par l’intermédiaire du dessin, de la peinture, de la marionnette, des contes, de l’écriture ou de la musique, peut aider des jeunes endeuillés à se raconter, s’affirmer, et se remettre en mouvement. Pourquoi et comment encourager le potentiel artistique et créatif des jeunes après le décès d’un proche ?

L’éclairage de Marie-Rose Georgiou, art-thérapeute, animatrice d’ateliers pour les enfants de proches en fin de vie. Marie-Rose Georgiou exerce à la Clinique de La Toussaint et à l’Institut de Cancérologie Strasbourg Europe.

 

La dynamique propre de la résilience repose essentiellement sur la construction d’un récit narratif de soi

Les études sur la résilience montrent depuis longtemps que la dynamique propre de la résilience repose essentiellement sur la construction d’un récit narratif de soi. « Le travail de la résilience consiste à se souvenir des chocs pour en faire une représentation d’images, d’actions et de mots, afin d’interpréter la déchirure ; il faut parler pour remettre en ordre, mais en parlant on interprète l’évènement, ce qui peut lui donner mille directions différentes » (Cyrulnik, 2001).

Les choses invisibles sont bien plus terribles que ce que l’on voit réellement

Tous les enfants rencontrent un jour ou l’autre la mort. Ils aimeraient alors poser des questions. Si l’enfant ne peut pas parler simplement et librement, il cherchera seul, et c’est alors que viendra la peur. La peur des peurs qui est au fond derrière chaque peur. On peut mieux combattre une peur devenue visible. Les choses invisibles sont, de toute manière, bien plus terribles que ce que l’on voit réellement.

L’art a un pouvoir expressif, communicatif et relationnel

Les émotions prennent source au fond de nous-mêmes. Si elles n’existaient pas, nous serions incapables de faire des préférences et d’établir des priorités entre plusieurs éventualités, de choisir entre plusieurs options. Nous ne saurions plus ce qui est bon ou mauvais pour nous. Le fait de pouvoir partager son histoire, ses émotions, est une condition essentielle de la résilience. L’art a un intérêt dans la prise en soin des enfants et des adolescents en situation de deuil puisqu’il a un pouvoir expressif, communicatif et relationnel. Chaque être humain possède un potentiel artistique et créatif dont l’activation dépend d’une émotion artistique. L’art implique une relation, un va et vient entre le monde intérieur de la personne et le monde extérieur (tant sur le lien avec son environnement naturel que son environnement social). Les émotions sont à la source de l’activité artistique. Les médiateurs non verbaux, comme la peinture ou la musique, portent en eux des possibilités d’expression qui peut éventuellement être un outil thérapeutique.

L’enfant vit et s’exprime avec des images

Le monde intérieur de l’enfant ne ressemble pas à celui de l’adulte. L’adulte oublie souvent de garder son âme d’enfant. L’enfant vit et s’exprime avec des images. Pour communiquer avec lui, il nous faut donc ré-apprendre le code des images, des symboles. Il existe différentes possibilités pour réaliser, rendre visibles les images que l’on a en soi. Le dessin, la peinture, la marionnette, les contes, l’écriture ou la musique pour les plus grands, peuvent être porteurs de symboles et devenir un moyen d’expression et de communication entre l’enfant et l’adulte. Tout peut être permis dans le domaine de l’imaginaire. L’art développe l’imaginaire et procure plaisir et satisfaction. L’art provoque des sensations, des émotions. Ressentir du plaisir a un effet bénéfique sur l’enfant, cela le met en joie, en mouvement.

Par l’art, l’enfant peut se raconter, s’affirmer et se remettre en mouvement

Et si résilience est synonyme de trouver une autre vie, elle signifie aussi, par le fait même, se remettre en mouvement. Ainsi, en se remettant dans l’action, l’enfant peut vivre de nouvelles expériences, valoriser ses capacités, exprimer des ressentis profonds à sa manière, à travers un dessin par exemple, se raconter, s’affirmer et déclencher, renforcer le processus de la résilience. L’enfant n’a pas besoin d’interprétation, tout se joue au plan des images, des symboles.

Les adolescents ont besoin de vérité, de donner un sens à la souffrance

Les adolescents ont besoin de vérité, de donner un sens à la souffrance. « Ce n’est pas la souffrance qui détruit l’homme, c’est la souffrance qui n’a pas de sens » (Victor Frankl). L’art permet à l’adolescent d’exprimer son traumatisme, de donner du sens à la souffrance, en fonction de la façon dont il va réinterpréter son histoire. Après qu’il y ait eu résilience, il est possible de constater une augmentation des ressources personnelles, une amélioration des habiletés à la résolution de problèmes et de recherche d’aide ainsi qu’un plus grand sentiment de contrôle.

Le phénomène de la résilience doit être encouragé sans cesse.

Le phénomène de la résilience doit être encouragé sans cesse. Pour cela il est nécessaire de trouver la voie d’une pratique de soin qui agisse en complémentarité des différents intervenants qui entourent l’enfant ou l’adolescent. L’art est formateur et c’est seulement dans un contexte d’art-thérapie, où la part d’expression artistique est bien structurée, où l’enfant et l’adolescent sont guidés progressivement, que le thérapeute peut les mener vers plus de créativité, qu’il peut les aider à renforcer leur estime de soi, et les mener vers le chemin de la résilience.

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